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Dans
la tradition juive, l'apprentissage de la lecture se fait dès l'âge de trois
ans. Dès cinq ans, le garçonnet est apte à lire et comprendre la Torah,
les cinq livres de Moïse. Pour une telle entreprise, l'accent est mis sur
les qualités personnelles autant que sur l'érudition de l'enseignant.
Pour illustrer cela, penchons nous sur l'histoire de Rabbi David de Lelov
(1746 –
1813).
Fondateur de la dynastie 'hassidique, il marqua son temps et ses disciples par sa piété comme
par son érudition dans les domaines du corpus législatif de la Torah comme
dans les enseignements mystiques.
Le secret de cette réussite réside assurément dans l'éducation qu'il reçut
dès son plus jeune âge. Rapide à saisir les choses, à comprendre les raisonnements
talmudiques jusque dans leurs extrêmes limites, ce jeune génie avait besoin
d'un maître à la hauteur, capable de diriger ses progrès et répondre à ses
questions. Après des mois de quête,
son père parvint à repérer l'homme qui présentait toutes les apparences
d'un érudit, craignant D.ieu, et de surcroît doué pour l'enseignement, d'une réputation sans tache
et de bon caractère. Lorsqu'il
put s'entretenir avec lui, il en fut très favorablement impressionné, et
l'engagea de suite en lui versant son mois de salaire par avance, ce qui
n'était pas chose courante.
Au terme de la première semaine, le père de David put vérifier les progrès
de son fils, et lui demanda s'il avait remarqué quelque chose de particulier
chez son "rebbe".
Oui, répondit l'enfant. J'ai vu que chaque jour avant de prier, mon "rebbe"
fait Techouva (se repand) et pleure lorsqu'il a mis son Talit et ses Tefilin,
avant de commencer à prier.
Le père de David décida de voir
la chose de ses propres yeux. Il arriva tôt le matin dans la synagogue ou
le "rebbe" priait, et pu constater comment cet homme versait des
larmes de repentir sincère avant de pouvoir commencer à prier.
Après l'office, il s'approcha de l'enseignant, s'excusa de l'avoir ainsi
épié, et lui demanda la signification de ces larmes.
"Pour tout vous dire, je ne sais pas vraiment. Ceci remonte à l'époque
où j'ai passé quelques semaines à enseigner dans la maison de Rabbi Issachar
Dov de Rodshitz (1765-1843). Je l'ai connu de près. Quel géant, qui connaissait
par cœur la Torah, la Guemara et ses commentateurs! Après m'avoir payé, il m'accorda sa bénédiction que je fasse Techouva.
Et depuis ce jour, dès que je mets mon Talit et mes Tefilin, juste avant
de prier, j'éclate en sanglots, sans pouvoir me l'expliquer. Surprenant,
n'est ce pas?" Le père de David était fort impressionné. Il avait tant
entendu parler de Rabbi Issachar Dov, et ne demandait qu'à en savoir plus.
Mais dites moi, en quelques semaines vous avez du en avoir bien des choses
étonnantes chez Rabbi Issachar Dov? Peut être même avez vous été témoin
d'un miracle? L'enseignant chercha un instant, et commença à raconter.
Une femme vint une fois dans l'antichambre de Rabbi Issachar Dov, se lamentant
sur son sort de femme abandonnée. Depuis plus de cinq ans son mari l'avait
quittée sans donner de nouvelles, et elle restait seule avec ses enfants,
sans travail, sans possibilité de se remarier tant qu'elle n'avait pas obtenu
une lettre de divorce de son mari, ou confirmation de sa mort.
Le Rabbi la reçut, écouta son histoire, puis après quelques minutes se tourna
vers son assistant et lui demanda de sortir dans la rue et ramener la première
personne qu'il y trouverait. Quelques
instants après, il reparut avec un paysan polonais qu'il avait trouvé dans
la rue, sa charrette remplie de bois de chauffage qu'il se proposait de
vendre.
Le 'Hassid
lui avait expliqué en Yddish que son Maître voulait le voir, et comme
il était clair qu'il n'avait pas compris, le lui avait répété en polonais.
"Il veut du bois?" "Certainement, viens avec moi".
Arrivé devant le Rabbi, le polonais demanda en polonais"quelle quantité
de bois?" Pour toute réponse, le Rabbi se tourna vers son assistant et dit "dis
lui de donner le guett (lettre de divorce)!" Le polonais haussa les
épaules. "Il veut du bois ou non?" Et le Rabbi à nouveau "dis lui de donner le
guett" Le polonais haussa le ton. "Qu'est ce que cette histoire.
S'il ne veut pas de bois, je m'en vais" "Fais qu'il donne le Guett!"
L'assistant était un jeune et costaud personnage, qui saisit le Polonais
par le col le souleva et commença à le secouer. "Le Rabbi ne se trompe pas, donne le Guett!"
Il ne fallut pas longtemps au marchand de bois pour qu'il comprenne qu'il
ne s'en tirerait pas à si bon compte, et il implora en Yddish qu'on le lâche
promettant de donner le Guett…
On fit rentrer la femme, qui reconnut son mari, et en quelques instants
un Sofer et des témoins étaient réunis pour que l'on écrive la lettre de
divorce et qu'elle lui soit remise en mains propres par son ex mari devenu
marchand de bois polonais.
Et tout ça, je l'ai vu de mes propres yeux, conclut l'enseignant.
Le père de David fut très impressionné, mais d'un coup il fronça les sourcils.
Une question brûlante le prenait.
"Mais dites moi, après avoir vu tant de sainteté, et tant de révélations
et de miracles, pourquoi avez vous quitté le Rabbi de Rodshitz? Comment n'êtes vous pas
devenu un de ses 'Hassidim? L'enseignant sourit,
haussa les épaules et répondit d'un ton très naturel: "Devenir son
élève parce qu'il sait faire des trucs comme ça? Qui me dit que ce n'est
pas de la magie?
Le père de David était au comble de son étonnement. "Des trucs? De
la magie?"
Il prit la main de son fils, et partit. Viens, on va te chercher un autre
"Rebbe"
Rabbi Tuvia Bolton Yeshiva Ohr Tmimim Kfar Chabad, Israel
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