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La Matsah était encore chaude.
Extrait de "La Maison Juive", n°18, Adar 5748.
Dans l'ancienne ville de Mayence, vivait autrefois un grand savant dans la Torah
dont le nom était Rabbi Amnon. Il avait un fils, Eliézer qu'il
éleva dans l'étude de la Torah et la piété. Quand
vint le moment pour Rabbi Amnon de quitter cette vie, une des dernières
recommandations qu'il fit à son fils fut: "Ne traverse jamais le Danube
!"
Eliézer ne perdit pas seulement son père, mais aussi son maître.
Il voulait ardemment partir à la recherche d'un endroit de Torah. Son
père avait un cousin lointain, le célèbre Rabbi Yéhouda
Ha'hassid (1150 - 1217) qui dirigeait la fameuse Yéchivah de Regensbourg
(Ratisbonne). Cependant, non seulement cette ville était très
éloignée, mais en plus, pour y parvenir il devrait traverser le
Danube. Pendant des jours et des semaines, Eliézer ne sut que faire:
s'y rendre ou rester chez lui. L'aspiration à étudier la Torah
et les secrets de la lumière intérieure de la Torah, pour lesquels
Rabbi Yéhouda Ha'hassid était si réputé, grandit
de plus en plus à tel point... qu'il décida de s'y rendre.
Eliézer avait une jeune femme et un enfant et il se préparait
à les quitter un bon moment pour étancher sa soif de Torah. Sachant
à quel point il désirait voyager, sa femme accepta son départ.
Ainsi Eliézer fit-il ses adieux à sa femme et son enfant et d'un
cœur plein d'impatience se mit-il en route pour un long périple jusqu'à
Regensbourg.
Quand finalement Rabbi Eliézer apparut devant Rabbi Yéhouda Ha'hassid,
le sage saint lui dit : "Je ne devrais pas t'accueillir, puisque tu as désobéi
à l'ordre de ton père. Mais par amour pour ton défunt père,
je te permets de rester dans ma Yéchivah. Ne perds pas de temps ".
Eliézer avait peur. Il n'avait pas parlé au Rabbi de l'avertissement
de son père. Comment le connaissait-il. L'esprit de prophétie
reposait certainement sur ce saint homme. Cela rendit Eliézer encore
plus empressé que jamais de recevoir une instruction personnelle de son
nouveau maître.
Les gens disaient de Rabbi Yéhouda que le Prophète Elie lui rendait
régulièrement visite et lui révélait de nombreux
secrets de la Torah. Combien il désirait se rendre digne de l'attention
personnelle de Rabbi Yéhouda! Mais les jours et les semaines passaient
et le saint maître n'invitait pas Eliézer dans son bureau. Le jeune
Eliézer s'appliquait avec dévotion et diligence à ses études
à la Yéchivah, mais son espoir de devenir un des proches disciples
de Rabbi Yéhouda s'affaiblit.
Le mois de Nissan arriva et Pessa'h devait avoir lieu deux semaines plus tard.
Eliézer commença à penser à sa femme et à
son enfant et combien ils lui manqueraient durant la fête et tout particulièrement
les deux soirs du Séder. Combien il aurait aimé revenir chez lui!
Erev Pessa'h arriva et au matin de ce jour, il reçut tout à coup
l'ordre d'apparaître devant le maître. Le cœur battant, Eliézer
pénétra dans le bureau de Rabbi Yéhouda Ha'hassid, lieu
que ses disciples avaient coutume d'appeler "le Saint des Saints".
"Tu es triste de ne pas être avec ta famille aujourd'hui" lui dit Rabbi
Yéhouda.
Réjouis-toi, tu vas partager la table du Séder avec ta femme et
ton enfant. Mais, viens, nous devons d'abord nous rendre au four pour confectionner
notre Matsah Chmourah.
Eliézer resta sans voix. Mayence était bien loin et c'était
la veille de Pessa'h. Comment pourrait-il y parvenir pour le Séder ?
De plus, ils allaient passer une bonne partie de la journée à
la boulangerie!
Mais le Saint Maître n'avait certainement pas l'habitude de faire des
plaisanteries. Eliézer ne dit pas un mot. Il était heureux d'avoir
été invité à se joindre au Saint Maître, à
la boulangerie. Venir à Regensbourg que pour cela aurait déjà
été suffisant :observer le Maître surveiller la cuisson
des Matsot et y participer avec lui!
Au moment où ils arrivèrent à la boulangerie et s'occupèrent
des Matsot, toutes pensées, de doute ou de tristesse s'évanouirent
de l'esprit d'Eliézer. Son cœur était rempli de la grande joie
de la Mitsvah de faire des Matsot pour la sainte fête de Pessa'h. Cette
excitation. cette joie et cette inspiration, il ne les oublierait jamais.
Quand
les dernières Matsot furent sorties du four, Rabbi Yéhouda en
prit six et les enveloppa dans un linge blanc. " Prends ces Matsot chaudes avec
toi, trois pour chaque Séder que tu célébreras chez toi,
avec l'aide de D.ieu. Et voici encore six autres Matsot que tu apporteras, s'il
te plaît, au Rav de Mayence, avec cette lettre. Maintenant, allons. Je
vais t'accompagner aux faubourgs de la ville"
Avant de prendre congé de son disciple, Rabbi Yéhouda dit à
Eliézer : " Je sais que tu es très déçu parce que
tu n'as pas appris de moi les connaissances secrètes que tu espérais
acquérir. Toutefois, ta dévotion et ton assiduité dans
les études de la Torah et ta conduite générale qui sied
au meilleur de mes disciples, t'ont bien aidé à réparer
ton erreur. Le temps est venu de te récompenser ".
Et prononçant ces mots, Rabbi Yéhouda Ha'hassid écrivit
un mot dans le sable avec son bâton. "Lis " dit-il à son disciple.
Eliézer lut et sentit tout à coup son esprit s'illuminer d'un
éclat resplendissant de connaissance divine. Rabbi Yéhouda effaça
alors le mot et Eliézer sentit la lumière disparaître, laissant
un terrible vide. Sa tête s'emplit d'une douleur terrible qui fit jaillir
des larmes de ses yeux.
A nouveau le Saint Maître écrivit le mot et quand Eliézer
l'eut lu, il l'effaça. Eliézer supplia son maître d'ouvrir
son cœur et son esprit une fois pour toute. Alors Rabbi Yéhouda écrivit
le mot pour la troisième fois. Eliézer se jeta sur le sol et commença
à lécher le mot, le sable et tout. Rabbi Yéhouda sourit
: "Si tu conserves cette faim et cette soif pour la Torah, tu trouveras les
portes de la connaissance et de la sagesse de D.ieu, ouvertes pour toi!"
Heureux et élevé, Eliézer commença son voyage. Il
se sentait comme dans un rêve. Il était en transes. Quand il ouvrit
ses yeux, il se retrouva aux portes de sa ville natale, Mayence. Quelques instants
plus tard, il était chez lui, heureux de trouver sa femme et son enfant
en bonne santé et terriblement excités par l'heureuse surprise.
Le soleil commençant seulement à disparaître à l'ouest
quand Eliézer se pressa chez le Rav de Mayence. Le Rav ouvrit la lettre
et la stupeur apparut sur son visage.
"Cette lettre porte la date de la nuit dernière... " dit-il avec étonnement.
"Quand as-tu quitté Regensbourg?"
"Je ne peux que dire que très tôt ce matin, le saint Rabbi Yéhouda
m'a emmené cuire des Matsot. Voilà, il vous envoie aussi de la
Matsah Chmourah"
La stupeur du Rav grandit lorsqu'il sentit la chaleur des Matsot, comme si elles
venaient de sortir du four.
Cette nuit-là, lorsqu'Eliézer s'assit au Séder et mangea
le premier morceau de la Matsah qu'il avait cuite avec son Saint Maître,
il sentit une inspiration qu'il n'avait jamais connue plus tôt, le sens
de l'accomplissement spirituel d'une mission exécutée avec succès.